Isidore Mikorey-Nilsson
Expert agentic dev et distribution SaaS : il construit les outils d'acquisition qu'il déploie pour les fondateurs de SaaS.
Recommandations issues de notre méthodologie éditoriale.
Pas le temps de lire ?
À retenir
- Sans tableau, tu oublies 7 prospects sur 10 avant même de les avoir relancés.
- La seule colonne qui compte vraiment : prochaine action + sa date.
- Un onglet Google Sheets bien tenu bat un CRM payant que tu ne remplis pas.
Tu as lancé ta prospection. Quelques messages envoyés, deux ou trois réponses tièdes, une personne qui a dit « recontacte-moi dans trois semaines ». Et puis la vie reprend : le produit, le support, le prochain truc urgent. Trois semaines plus tard, tu as tout oublié. Le prospect chaud est froid, et tu ne sais même plus à qui tu avais écrit.
C'est exactement ce qu'un tableau de prospection empêche. Pas un CRM à 80 euros par mois que tu ouvriras deux fois. Un simple tableau, pensé pour une chose : qu'aucun prospect ne passe à travers les mailles, et que tu saches à tout moment quoi faire ensuite. On va voir quelles colonnes garder, quels statuts utiliser, comment gérer les relances, et un modèle que tu peux copier en dix minutes.

Pourquoi un tableau de prospection change tout quand tu débutes
Au démarrage, ton problème n'est pas de trouver des prospects : c'est de ne pas les perdre. Tu jongles avec dix conversations à des stades différents, et ta tête ne suit pas. Le réflexe quand on gère tout de mémoire, c'est de ne relancer que les gens dont on se souvient, c'est-à-dire presque personne.
Or la vente, surtout en SaaS, se joue dans la durée. Selon l'étude Top Performance in Sales Prospecting du RAIN Group (489 vendeurs interrogés), il faut en moyenne 8 points de contact pour décrocher un premier rendez-vous avec un nouveau prospect. Les meilleurs y arrivent en 5. Huit relances, ça ne se tient pas de tête : ça se suit dans un tableau, ligne par ligne.
8
touches en moyenne pour décrocher un 1er rendez-vous
5
touches pour les meilleurs vendeurs (meilleur ciblage)
Sans suivi, tu t'arrêtes à la deuxième tentative, tu conclus que « la prospection ne marche pas », et tu retournes coder. Avec un tableau, tu vois noir sur blanc que le prospect #7 en est à sa troisième relance et qu'il reste cinq contacts avant de lâcher. Ça change tout : tu arrêtes d'abandonner trop tôt.
Les colonnes qui comptent vraiment (et celles à oublier)
Le piège, c'est de vouloir tout tracer. Vingt colonnes, et tu ne remplis plus rien dès la troisième ligne. Un bon tableau de prospection tient en une poignée de colonnes, choisies pour une raison précise : t'aider à personnaliser et à savoir quoi faire ensuite.
| Colonne | À quoi elle sert | Exemple |
|---|---|---|
| Nom + rôle | Savoir à qui tu parles vraiment | Claire, Head of Ops |
| Entreprise | Contexte et taille de la cible | Studio de 8 personnes |
| Canal | Où la conversation a lieu | |
| Statut | L'état de la relation, en un mot | En conversation |
| Dernier contact | La date du dernier échange | 21 oct. |
| Prochaine action + date | Quoi faire, et quand | Relancer le 28 oct. |
| Notes | L'accroche de perso, les objections | Galère à facturer ses clients |
Sept colonnes, pas plus. Le reste (numéro de téléphone, chiffre d'affaires, nombre d'employés exact) ne t'aide pas à avancer tant que la conversation n'est pas chaude. Tu ajouteras ces détails plus tard, pour les prospects qui comptent. Pour construire la liste de départ qui remplit ces lignes, vois comment monter un fichier de prospection sans l'acheter.
La colonne « Notes » est sous-estimée. C'est là que tu stockes la phrase exacte que le prospect a employée pour décrire son problème. Cette phrase, tu la réutilises dans ta relance et sur ta page de vente. Elle vaut plus que toutes les données firmographiques du monde.
Les statuts : donner un état clair à chaque prospect
Un statut, c'est un seul mot qui te dit, d'un coup d'œil, où en est la relation. Sans statut, tu dois relire tes notes pour chaque ligne. Avec, tu filtres ton tableau sur « À relancer » le lundi matin et tu sais exactement par quoi commencer ta semaine.
Garde une liste courte et ordonnée, du plus froid au plus chaud :
| Statut | Ce que ça veut dire | Ta prochaine action type |
|---|---|---|
| À contacter | Prospect identifié, pas encore approché | Écrire le 1er message |
| Contacté | Message envoyé, pas de réponse | Relancer sous 3 à 5 jours |
| En conversation | Il a répondu, l'échange est vivant | Creuser le besoin, proposer un appel |
| Offre envoyée | Tu as fait une proposition | Relancer si pas de réponse sous 1 semaine |
| Gagné | Il a dit oui | Onboarder, demander un témoignage |
| Perdu | Pas maintenant, ou jamais | Noter pourquoi, recontacter plus tard |
L'intérêt d'un statut « Perdu » documenté : tu notes la raison (trop cher, pas le bon moment, manque une fonctionnalité). Au bout de vingt lignes, tu vois apparaître les objections récurrentes, et c'est de l'or pour ton produit comme pour ton argumentaire. Un « non » rangé proprement vaut mieux qu'un « non » oublié.
La colonne qui fait toute la différence : prochaine action + date
Si tu ne dois garder qu'une seule colonne, garde celle-là. « Prochaine action + date » transforme ton tableau d'une liste morte en un plan de travail vivant. Chaque ligne te dit quoi faire et quand, sans que tu aies à réfléchir.

Et la date ne sert pas qu'à ne rien oublier, elle sert à aller vite. Une étude classique de la Harvard Business Review, The Short Life of Online Sales Leads (audit de 2 241 entreprises), a mesuré que les boîtes qui recontactent un lead dans l'heure ont près de 7 fois plus de chances de le qualifier que celles qui attendent une heure de plus, et 60 fois plus que celles qui attendent 24 heures. La vitesse de réponse est un avantage que tu peux prendre gratuitement, à condition de voir en un coup d'œil qui attend une réponse.
7×
plus de chances de qualifier un lead en répondant dans l'heure
2 241
entreprises auditées dans l'étude HBR
Concrètement : dès que tu termines un échange, tu remplis la prochaine action AVANT de fermer le tableau. « Relancer le 28 avec l'étude de cas. » Pas « relancer », mais quoi relancer et quand. Le futur toi, débordé, te remerciera.
Le rituel du lundi matin
Filtre ton tableau sur toutes les lignes dont la « date de prochaine action » est passée ou tombe cette semaine. Tu obtiens ta to-do de prospection de la semaine, prête en trente secondes. C'est tout le système : pas de logiciel magique, juste une colonne que tu respectes.
Le modèle, prêt à copier en dix minutes
Pas besoin d'outil spécial. Un Google Sheets (ou un Airtable si tu aimes les vues) suffit largement. Voici comment le monter sans y passer l'après-midi.
Crée les colonnes
Fais de Statut une liste déroulante
Ajoute une couleur par statut
Remplis 20 lignes, pas 200
Garde sous la main la liste de ce qui doit figurer dans chaque ligne pour qu'elle soit vraiment utile.
Une ligne bien remplie
0 / 5Ce tableau n'est qu'un morceau d'un dispositif plus large. Pour organiser l'ensemble de ta démarche, pose d'abord ton plan de prospection, puis structure la progression des deals dans ton pipeline commercial.
Tableau ou CRM : quand passer à l'outil
La question revient vite : « Je ne devrais pas prendre un vrai CRM ? » Au stade où tu cherches tes premiers clients, la réponse est presque toujours non. Un tableur que tu remplis bat un CRM que tu négliges. Tu n'es pas seul à faire ce choix : selon Salesforce, la moitié des PME gèrent encore leurs informations clients dans un tableur.
50 %
des PME gèrent encore leurs clients dans un tableur
Le tableur gagne au début pour trois raisons : zéro coût, zéro courbe d'apprentissage, et une flexibilité totale (tu ajoutes une colonne en deux secondes). Le CRM devient utile plus tard, quand le volume et l'équipe l'exigent.
Reste au tableau tant que…
Tu suis moins de 50 prospects actifs, tu es seul ou à deux, et ta prospection est manuelle. Le tableau te donne tout ce qu'il faut sans friction.
Passe au CRM quand…
Tu as plusieurs personnes qui prospectent, tu veux automatiser les relances et l'enrichissement, ou tu dépasses une centaine de deals suivis. Là, l'outil se rentabilise.
Le vrai signal pour migrer, ce n'est pas « j'ai assez de clients ». C'est « mon tableau devient pénible à tenir ». Tant qu'il ne l'est pas, chaque heure passée à paramétrer un CRM est une heure volée à la prospection. Si tu veux comparer les options légères, regarde quel CRM choisir au démarrage.
Les erreurs qui rendent ton tableau inutile
Un tableau de prospection ne meurt jamais d'un coup. Il meurt par négligence, toujours de la même façon.
Les trois tueurs silencieux
Le tableau trop riche (vingt colonnes que personne ne remplit), le tableau qu'on ne met pas à jour après chaque échange (les statuts datent, les actions sont périmées), et le tableau sans date de prochaine action (une liste de noms n'est pas un plan). Évite ces trois-là et ton tableau tiendra des mois.
La discipline bat l'outil. Le meilleur tableau de prospection n'est pas le plus beau, c'est celui que tu ouvres chaque lundi et que tu remplis après chaque conversation. Trente secondes par prospect, et tu ne perds plus jamais une vente par simple oubli.
Ce tableau est le cœur opérationnel de ta démarche, mais il ne te dit pas OÙ aller chercher tes prospects. Pour ça, commence par le canal : avant de remplir des lignes, assure-toi d'aller chercher les bonnes personnes au bon endroit. Approfondis avec ton plan de prospection et la façon de trouver tes 10 premiers clients quand tu pars de zéro.
Quel canal pour TON SaaS ?
Deux questions, et on te montre ton canal idéal, avec ton plan d'acquisition complet.
Tu vends à…
Tu as le tableau, mais pas encore le bon canal ?
Réponds à deux questions et obtiens ton plan d'acquisition : par où commencer, et comment remplir ce tableau de prospects qui comptent.