Mathéo Ballasse
Expert produit et distribution B2C : il cadre l'ICP, le go-to-market et les 60 premiers jours des fondateurs de SaaS.
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À retenir
- Le build in public transforme ta construction en contenu, et ton contenu en premiers clients.
- Tu n'as pas besoin d'une audience pour commencer, tu la crées en partageant.
- Partage le chemin (chiffres, décisions, ratés), pas juste les features finies.
Tu construis ton SaaS dans ton coin, tête baissée, en te disant que tu communiqueras « quand ce sera prêt ». Le problème, c'est que le jour du lancement, personne ne t'attend. Tu appuies sur « publier », et c'est le silence.
Le build in public renverse cette logique. Au lieu de garder le secret jusqu'à la sortie, tu construis au vu de tous : tu partages tes avancées, tes chiffres, tes décisions et tes erreurs au fur et à mesure. Résultat, tu ne lances pas devant une salle vide, tu lances devant des gens qui suivent ton histoire depuis des semaines. Et certains d'entre eux deviennent tes premiers utilisateurs.

C'est quoi, vraiment, le build in public
Construire en public, ce n'est pas « poster de temps en temps ». C'est une posture : rendre visible le processus de création de ton produit, en continu. Un design que tu hésites à trancher, un bug qui t'a coûté deux jours, ta première vente, ton premier remboursement. Tout ce qui, d'habitude, reste caché derrière la landing page léchée.
L'idée n'est pas nouvelle, mais un fondateur l'a rendue célèbre. Pieter Levels a passé une dizaine d'années à construire une audience de plusieurs centaines de milliers d'abonnés en lançant produit après produit au grand jour, chiffres à l'appui. Quand il a sorti Photo AI, ce capital d'attention a fait toute la différence : le produit est passé de 0 à 132 000 dollars de revenu mensuel récurrent en dix-huit mois, en solo, documenté publiquement étape par étape (étude de cas Indie Hackers).
Retiens bien le mécanisme : ce n'est pas la transparence en soi qui vend. C'est qu'en partageant, tu construis une audience de gens qui te font confiance avant même d'avoir sorti la carte bleue. Tu remplaces le budget pub par de l'attention gagnée.
Personne ne t'attend le jour du lancement. Sauf si tu as raconté l'histoire avant.
Pourquoi ça marche quand tu pars de zéro
Le build in public est une des rares stratégies d'acquisition qui ne demande ni budget ni audience de départ. Elle demande de la régularité et un peu de courage. Voici pourquoi elle est particulièrement adaptée à un fondateur qui cherche ses premiers utilisateurs.
132 000 $
MRR de Photo AI en 18 mois, en solo et en public
~10 ans
À construire une audience avant le gros hit
1 M$ ARR
Atteint en 17 jours grâce à l'audience déjà là
Ces chiffres viennent d'un même fondateur, et c'est justement l'intérêt : ils montrent que le lancement fulgurant (un produit qui a atteint un million de dollars de revenu annualisé en dix-sept jours) n'est pas de la chance. Il repose sur des années d'attention accumulée en construisant au grand jour. Tu ne pars pas de zéro le jour J, tu pars du capital que tu as bâti avant.
Trois raisons concrètes que ça marche pour toi, maintenant :
- Tu crées ton audience et ton produit en même temps. Chaque post est aussi une prise de température. Les réactions te disent quelle feature intéresse vraiment, avant que tu la codes.
- La transparence attire. Sur les plateformes d'indie makers, les publications qui montrent des chiffres réels de revenu génèrent bien plus d'engagement que les updates vagues du type « ça avance » (analyse Indie Hackers). Le concret arrête le scroll.
- Tu documentes ta crédibilité. Quand un prospect hésite, ton historique public de progrès vaut mille arguments commerciaux.
Quoi partager (et quoi garder pour toi)
L'erreur du débutant, c'est de ne partager que les belles annonces de features. Or ce qui crée le lien, c'est le chemin : les doutes, les chiffres, les décisions. Voici comment trier.
| Ce que tu partages | Ce que ça déclenche |
|---|---|
| Tes chiffres réels (inscrits, MRR, taux de réponse) | Crédibilité et engagement, c'est le contenu le plus lu |
| Une décision produit que tu hésites à trancher | Des retours utiles avant même d'avoir codé |
| Un raté honnête (un bug, un lancement plat) | De l'attachement, on suit les humains, pas les logos |
| Les coulisses d'une feature en cours | De l'anticipation pour le jour où elle sort |
| Une leçon apprise cette semaine | Du partage et des réabonnements |
Ce que tu peux garder pour toi : le code sensible, les données de tes utilisateurs, et tout chiffre que tu ne pourrais pas assumer publiquement. Le build in public n'oblige pas à tout déballer, il oblige à être vrai sur ce que tu montres.
La règle du 'montre, ne raconte pas'
Une capture d'écran de ton tableau de bord vaut dix phrases. Un chiffre précis (« 47 inscrits cette semaine ») bat un chiffre rond (« une cinquantaine »). Le concret et l'exactitude sont ce qui rend un post crédible et partageable.
Sur quels canaux construire en public
Tu n'as pas besoin d'être partout. Tu as besoin d'un canal principal où ta cible traîne déjà, et d'y être régulier. Voici comment lire les trois grands.
X / Twitter
Le berceau historique du build in public. Format court, culture du chiffre et des captures, communauté d'indie makers très active. Idéal si ta cible est tech ou fondateur.
Plus lent mais plus qualifié pour un SaaS B2B. Tu touches des décideurs, tes posts vivent plus longtemps. Parfait si tu vends à des entreprises.
Communautés de niche
Indie Hackers, Reddit, Discord spécialisés. Tu empruntes une audience déjà réunie autour d'un sujet. Moins de portée brute, mais des retours ultra pertinents.
Le bon réflexe n'est pas de choisir « le » canal parfait, mais le premier, celui qui colle à ta cible. Tu le fais à fond pendant un mois, tu mesures, et tu ajustes. Un canal tenu sérieusement bat trois canaux tièdes.

Ta routine de build in public, semaine par semaine
Le build in public échoue presque toujours pour une seule raison : l'irrégularité. Trois posts enthousiastes, puis plus rien pendant un mois. Voici une routine tenable, même en construisant ton produit à côté.
Choisis un canal et un rythme
Documente au fil de l'eau
Partage un chiffre chaque semaine
Réponds à chaque commentaire
Transforme les curieux en early users
Les pièges qui rendent le build in public inutile
Beaucoup de fondateurs construisent en public sans jamais en tirer un seul client. Presque toujours à cause d'un de ces trois pièges.
Partager sans jamais faire d'offre
Documenter, c'est bien. Mais si tu ne proposes jamais ton produit, tu construis une audience de spectateurs, pas de clients. Ose la transition : « voilà ce que je construis, tu veux l'essayer ? ». Le build in public doit boucler sur une conversion.
Le deuxième piège, c'est le narcissisme des chiffres : partager des vanity metrics (likes, vues) au lieu de ce qui compte pour ton business. Ton audience se fiche de tes impressions, elle veut voir un produit qui résout un vrai problème avancer.
Le troisième, c'est de croire que le build in public remplace une stratégie. Il alimente ton acquisition, il ne la définit pas. Tu as toujours besoin de savoir quel canal industrialiser et à qui tu t'adresses précisément. Construire en public sans cap, c'est du bruit régulier, pas de la croissance.
Par où commencer cette semaine
Le build in public n'est pas un projet à part, c'est une habitude à greffer sur ce que tu construis déjà. Choisis un canal, ouvre un fichier de notes, et poste ton premier chiffre cette semaine, même s'il est petit. Le premier post est toujours le plus dur, ensuite ça roule.
Pour transformer cette audience en premiers utilisateurs, combine-le avec les bons leviers : une liste d'attente pour capter ceux qui te suivent, la méthode pour trouver tes 10 premiers clients une conversation à la fois, et une vraie stratégie de contenu pour que ton build in public ne reste pas un feu de paille. C'est aussi le meilleur moyen d'identifier tes early adopters, ceux qui achètent avant que le produit soit parfait.
Quel canal pour TON SaaS ?
Deux questions, et on te montre ton canal idéal, avec ton plan d'acquisition complet.
Tu vends à…
Construire en public, oui. Mais sur quel canal ?
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